C'est dans la nuit de jeudi à vendredi qu'un accord sur le nouveau traité européen a été trouvé entre les 27 Etats membres de l'Union européenne. Ce compromis vient de mettre un terme à 6 années de querelles institutionnelles, qui avaient culminé lors lors du double non français et néérlandais au référendum.
Le document sera officiellement signé dans la capitale protugaise le 13 Décembre, tandis que les Etats membres promettaient de le soumettre devant leur Parlement avant le 1er Janvier 2009.
A cet égard, le Président de la République a indiqué que le texte sera soumis au vote des députés "le plus vite possible, c'est-à-dire en décembre prochain", afin que la France soit un des premiers Etats à le faire.

Cette parenthèse institutionnelle désormais refermée, l'Europe compte relancer son projet politique. « Le traité n'est pas une fin en soi, il faut prendre des initiatives, donner du contenu et de la chair à l'Europe », a déclaré Nicolas Sarkozy. En effet, depuis 2 ans, l'Europe est en panne.
La Commission était frileuse à prendre des règlements, comme la Cour de justice des communautés européennes était peu encline à faire évoluer le sens des textes, pour pallier à cette carence des institutions -alors qu'elle le faisait sans réserve aucune auparavant.
Cette apathie est désormais révolue. Ainsi, la Commission européenne annonce la publication, avant février 2008, de plusieurs projets législatifs : l'un relatif à l'immigration, dès mardi prochain, deux autres consacrés au terrorisme et au marché intérieur, en novembre, un quatrième lié au changement climatique, en janvier.
De plus, pour sa présidence du second semestre 2008, la France fait également de l'énergie, de l'immigration et de l'environnement des priorités susceptibles de réconcilier l'opinion publique avec l'Europe.
Quant à la Cour de justice des communautés européennes, on attend sa jurisprudence.
Au-delà des embarras institutionnels, ces carences sont aussi économiques :
L'Union ne retrouvera pas de souffle tant qu'elle n'aura pas trouvé un projet adapté à la mondialisation et digéré l'élargissement.
En effet, conformément au projet des Pères fondateurs, il faut d'ABORD construire une Europe économique, reposant sur un VERITABLE commerce intraeuropéen, et une croissance économique européenne au beau fixe, avant d'envisager des projets politiques.
Or aujourd'hui, avec l'élargissement aux pays de l'Est, l'Europe est revenue à cette logique initiale.
Il faut INTEGRER ECONOMIQUEMENT les régions ayant récemment adhéré à l'Union, avant de les intégrer politiquement dans un processus de décision politique.
Il nous semble que l'Europe n'a pas
intégré cette logique : elle contribue, bien évidemment, au rattrapage économique des anciens pays communistes, mais les intègre au processus de décision politique, créant par là même des situations de blocage, comme en témoignent les conflits avec la Pologne des frères Kaczynski.
Mais cette "politique de double front" reste toutefois inévitable : on ne peut "
se payer le luxe" de rester encore 10 ans dans l'immobilisme.
C'est pourquoi, l'accord sur le "traité simplifié" à Lisbonne et sa ratification en Décembre prochain sont à saluer, mais ne constitue qu'une étape dans la construction européenne.
La prochaine étape sera la refonte des politiques communes, qui permettra de définir ce que les Européens entendent faire ensemble. Le dossier commencera à être abordé sous présidence française fin 2008 mais n'entrera en vigueur qu'en 2014.
L'accord de Lisbonne n'est donc qu'une étape. Nécessaire certes, mais pas suffisante.
C.H